La Fiancée Sur La Touche: une comédie romantique de Noël..



Tout ce que Sorcha O’Connor veut pour Noël, c’est que sa vie se transforme en une comédie romantique… Mais en plus sexy. Ryan Sawyer a lui quelques souhaits sur sa liste. Premièrement, il veut rester loin de Swans Cove. Deuxièmement, il veut reprendre sa carrière dans la Ligue nationale de hockey. Et troisièmement, il veut Sorcha. Il l’a toujours désirée et la désirera toujours.

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Quand la créatrice de robes de mariée Sorcha O’Connor a été abandonnée devant l’autel et est devenue connue dans le monde entier sous le hashtag viral #FiancéeSurLaTouche, elle a tout perdu : son fiancé, son commerce florissant, son excellente réputation et ses rêves. Pour oublier le premier anniversaire de ce jour fatidique, elle raye des éléments sur sa liste des 31 choses à faire avant le 31 décembre, tout en créant de nouveaux modèles de robes. Elle travaille jour et nuit pour tenter de remettre sa vie sur les rails. Ce qui n’est pas sur sa liste ? Tomber amoureuse de son meilleur ami : Ryan Sawyer. Encore une fois.

Ryan a filé de Swans Cove sur ses patins à glace dès la fin du lycée. Et depuis, il s’est appliqué à rayer le seul souhait sur sa liste qu’il pouvait contrôler. Il a bossé comme un dingue afin de s’assurer d’avoir l’excuse parfaite pour éviter sa ville natale : le hockey. Mais même son propre hashtag #BombeDuHockey n’a pas pu empêcher ses blessures de faire voler sa carrière et ses excuses en éclats. À l’approche des vacances et de l’anniversaire de sa mère, Ryan est de retour à Swans Cove pour un court séjour. Même s’il doit faire profil bas, il n’arrive pas à oublier Sorcha, la rousse qui le connaît mieux que personne, même mieux que sa psy.

Lorsque l’ancien #FiancéEnCavale de Sorcha devient le prochain Bachelor, le célibataire le plus convoité du pays, le public s’intéresse de nouveau à elle. Cette fois, Ryan ne prendra pas ses jambes à son cou. Même quand Sorcha laisse échapper à la télévision nationale qu’avec lui, elle raye des éléments sur leurs soi-disant “listes du bonheur”.

Être sous le feu des projecteurs jouera-t-il enfin en faveur de Sorcha et Ryan ? Ou leurs passés — et leurs hashtags — entraveront-ils leur bonheur ?

Une histoire d’amour et de seconde chance qui se déroule pendant la période des fêtes dans une petite ville sur la côte est du Maryland : avec plein de rires et de moments qui font chaud au cœur (ainsi que quelques-uns torrides), des listes, des dynamiques familiales, un chat têtu et un chien adopté dans un refuge.

Lis les premiers chapitres…

Le journal de Sorcha — J-12

Cher journal, ou cher lecteur du futur si ce journal est découvert dans des centaines d’années, ou toi l’extraterrestre cherchant des informations sur l’humanité (j’ai tellement de questions à te poser) : Noël est dans l’air.

Enfin, pas Noël à proprement parler.

Mais du beurre fondu, de la cannelle et… Serait-ce du gingembre ? Oui, du gingembre et des noix de pécan confites. Aisling est en train de mettre au point une nouvelle recette de tarte aux pommes avec un crumble de sucre et de noix pilées sur le dessus, et elle aura besoin de quelqu’un pour la goûter afin de s’assurer que la pâte feuilletée contient assez de beurre et que les pommes caramélisées fondent dans la bouche. Ce n’est là qu’un des avantages d’avoir ma sœur, Aisling, comme colocataire. Elle est déterminée à trouver la recette parfaite pour attirer plus de clients à la boulangerie. La boulangerie de nos parents. Notre héritage familial qui est proche de la faillite. Tout comme moi.

À cause de moi.

Et le modèle merdique que j’ai devant moi ne fera pas décoller ma carrière inexistante : l’encolure carrée n’est pas aussi originale que je le voudrais, tandis que les détails pailletés du corsage éclipsent la délicatesse intemporelle de la dentelle. Et ne me faites même parler du dos. Le croisillon que j’ai dessiné, pensant qu’il ajouterait une touche fantaisie, plombe tout le concept. Cette robe n’est qu’un brouillon et est bien loin d’incarner une romance éternelle. Peu importe le nombre de fois où je réarrange le tissu sur le mannequin près de ma machine à coudre, la douceur du tulle et le velouté de la soie sous mes doigts ne remplissent pas mon puits de créativité.

Rien ne m’inspire.

J’ai perdu la main. Et cette liste des 31 choses à faire avant le 31 décembre est la seule chose qui me donne un semblant de courage. Si je coche tous les éléments de la liste, le sentiment familier d’échec qui me prend à la gorge pourrait disparaître, remplacé par l’inspiration.

Cette liste, je peux la gérer. Tout le reste me glisse entre les doigts.

Alors attaquons-nous à cette liste.

Compte à rebours : J -12… Douze jours avant le réveillon de la Saint-Sylvestre et ce qui aurait dû être mon premier anniversaire de mariage.

Chère lectrice, cher lecteur, j’ai une grande nouvelle : je peux maintenant écrire « premier anniversaire de mariage », sans qu’un découd-vite n’arrache les points de couture qui me maintiennent en une seule pièce. Vive moi ! C’est peut-être parce que Nathan n’a pas été choisi pour être le célibataire le plus convoité d’Amérique. L’émission Amour Toujours a décidé de choisir la rock star David Jay et, grâce à cette décision, je ne me retourne plus dans mon lit toutes les nuits. Je ne souhaite pas le malheur de Nathan, mais voir la vidéo où il me plaque devant l’autel en boucle chaque semaine à la télévision n’est pas ma définition du plaisir. Et ça n’aurait pas débloqué ma créativité.

Où j’en suis avec la liste des 31 choses à faire avant le 31 décembre : elle est presque terminée.

Demain, le représentant de Rêves de Mariée devrait me dire si leur magasin phare d’Annapolis va présenter des robes O’Connor parmi leur collection, celles que j’ai créées avant que ma réputation de créatrice de robes de mariée ne soit démolie par les réseaux sociaux et les critiques. Et la montagne de stress qui s’accumule dans ma poitrine est impossible à ignorer. Si Rêves de Mariée rompt notre accord, il sera non seulement plus difficile de payer les factures, mais ce sera le coup de grâce pour les rêves de Mamó me concernant. Ma grand-mère m’a appris tout ce que je sais sur la couture et la magie que l’on peut créer avec différents motifs et tissus. Elle m’a aussi appris à croire en l’amour. Et bien que l’année dernière ait mis ce concept à rude épreuve, demain soir, je vais à mon tout premier rendez-vous arrangé. Moi, la fiancée larguée, à une blind date !

Après, il me restera cinq choses à rayer de ma liste, ce qui est tout à fait faisable. Cher journal, te souviens-tu de mon article sur la marche de 10 kilomètres sur le Bay Bridge ? À quel point ce pont est haut ? À quel point ça semblait long et difficile ? (C’est ce qu’elle a dit.)

Dernière recherche Google (en rapport avec la liste) : Ryan Sawyer a-t-il déjà eu un rendez-vous avec une inconnue arrangé par un de ses copains ? Apparemment, oui. Une fois. Un de ses coéquipiers lui a arrangé le coup et il est sorti avec elle pendant trois mois. Eh oui, j’ai aussi jeté un œil sur les réseaux sociaux de son équipe. Mais seulement pendant cinq secondes. Il n’a pas joué la majeure partie de la saison dernière après avoir été impliqué dans une bagarre qui a aggravé sa blessure au genou, et sa dispute avec le propriétaire de l’équipe fait encore parler d’elle dans le monde du hockey, mais il s’accroche à son équipe. Reprendre contact avec Ryan est sur ma liste depuis qu’il a plongé dans l’océan Pacifique pour sauver une petite fille. Quand il a été englouti par les vagues, mon cœur s’est arrêté. Jusqu’à ce que Ryan réapparaisse en recrachant de l’eau avec la fillette dans ses bras. Après avoir regardé cette vidéo plus de cent fois, l’effroi qui me glaçait le sang ne s’est atténué que lorsque j’ai ajouté « Reprendre contact avec Ryan » à ma liste. Il est temps de faire la paix. Cela n’a rien à voir avec le fait que mon cœur et mon esprit ne s’accordent pas à l’idée d’arrêter de penser à lui non-stop.

Bon, continuons…

Pourquoi ai-je ajouté un rendez-vous amoureux à ma liste ? Bonne question, petite Sorcha. Peu importe ce qui s’est passé, je veux croire aux histoires d’amour qui finissent bien. En plus, les blind dates, comme ils disent dans les films, peuvent être amusantes. Pas vrai ? Les comédies romantiques m’ont appris que les blind dates peuvent donner naissance à des histoires d’amour féériques.

Si je vérifie sur le site AlloCiné, il vous montre… Oh non.

L’un des films en tête du classement des « films et séries TV les plus populaires pour les rendez-vous » est le film Zodiac de 2007… Sur le tueur du Zodiaque.

Comment ? Pourquoi ? Attends… Ça veut dire que je ne devrais pas aller à cette blind date ?

Respire à fond, Sorcha, respire à fond.

Demain : c’est parti. On ne recule pas. On le fait.

La blind date. Pas le film sur le tueur du Zodiaque.

CHAPITRE 1 — SORCHA

Lorsque Tiramisu, le chat, a miaulé à quelques centimètres de mon visage bien avant la sonnerie du réveil, son haleine annonçant « j’ai dévoré la boîte de Friskies » n’était pas l’unique raison de mon grognement. Un vent de panique s’est levé au fond de mon esprit et après avoir fixé le ventilateur du plafond pendant ce qui m’a semblé être une éternité, j’ai renoncé à dormir. Même ma tasse préférée de café brûlant mélangé à de la crème italienne sucrée n’a pas réussi à calmer l’anxiété qui agitait mon estomac. Je me suis quand même installée devant mon ordinateur avant le lever du soleil et j’ai travaillé sur ma liste de tâches quotidiennes. Entre la mise à jour d’une base de données pour une agence immobilière du Connecticut, la réparation d’un des t-shirts préférés de ma nièce et les recherches pour un podcast sur des crimes qui a commencé il y a deux mois, j’ai à peine eu le temps de déjeuner et je n’ai certainement pas pu retravailler le patron que j’ai raté hier.

Tout au long de la journée, un sentiment de malheur imminent a persisté, mais j’ai ignoré tous les signaux : Tiramisu a craché une boule de poils sur mon tulle préféré, ma sœur a raté un soufflé au chocolat, laissant une odeur de brûlé dans tout le bâtiment. L’eau chaude de la douche est même devenue glaciale juste au moment où je me rinçais les cheveux.

Il est impossible que j’ignore les signes à présent. Pas après avoir reçu cet e-mail de Rêves de Mariée.

Il n’y a pas moyen que j’aille à ce rendez-vous.

Non. Ça n’arrivera pas.

À la place, je vais me plonger dans le film Zodiac en sirotant du chianti. Ça semble être la meilleure façon de terminer cette journée pourrie.

Lorsque Tiramisu saute sur ma table à dessin, je tends la main vers lui.

– Viens ici, Tiramisu. Psitt… Viens ici.

Malgré ma voix aiguë et cajoleuse, mon chat ne me jette même pas un regard de pitié, mais se dirige vers le panneau suspendu au-dessus de la machine à coudre. Après l’avoir reniflé, son humeur change et il s’attaque au ruban rose, tenant le panneau avec ses dents. Le logo de ma boîte en faillite lui donne-t-il aussi des cauchemars ?

Le panneau bleu en bois avec les mots « Heureux pour toujours » devrait être dans le dictionnaire à côté de « rêves brisés ». Un jour, vous croyez aux contes de fées. Et le jour suivant, Bibbidi-Bobbidi-Boo, votre seul espoir de sauver votre entreprise refuse de vendre vos créations pour la collection printemps de leur magasin phare. Rêves de Mariée avait l’habitude de mettre en avant l’utilisation complexe de la dentelle française dans mes robes. Maintenant, ils considèrent qu’une collaboration avec moi est « préjudiciable pour leur image ».

Une aiguille pointue coud un fil de défaite autour de ma gorge, une fois, deux fois. Respire profondément, Sorcha. Tu vas trouver une solution. Ne pleure pas. Mais mes larmes se fichent de mon discours d’encouragement. Je les essuie d’un geste rapide, laissant une trace de mascara noir et d’eyeliner sur ma main.

Putain. Putain. De. Merde.

Les griffes de Tiramisu se coincent dans le panneau et il tire dessus si fort que le panneau s’entrechoque sur ma machine à coudre, mais ne tombe pas. Après avoir reniflé une dernière fois avec dédain le panneau en bois, il se retourne et saute sur mon lit.

Mon regard s’arrête sur la planche de bois à la fenêtre, et l’envie de la jeter dehors gronde en moi. Qui sait ? Elle pourrait atterrir sur un bel étranger de New York qui s’est perdu dans notre petite ville. Je le convaincrais de quitter son travail et nous ouvririons un magasin de vêtements de seconde main ensemble. Chaque année, à la veille de Noël, on raconterait notre histoire d’amour féerique à nos petits-enfants : Il était une fois votre grand-mère qui, se noyant dans les dettes, jeta le panneau que vous voyez au-dessus de la cheminée et il tomba sur la tête de pépé. Au lieu de lui faire un procès, pépé l’emmena boire un vin chaud. Vous connaissez la suite.

Mais dans mon cas, le panneau exploserait le crâne du bel inconnu et après une visite aux urgences, il m’attaquerait en justice. Les influenceurs, les journalistes et les gens du monde entier répandraient la nouvelle sur Internet : #LaFiancéeSurLaTouche condamnée pour avoir attaqué un avocat avec une planche en bois.

Je ferais faillite. Encore une fois.

Pour ne pas tenter le diable, je redresse le panneau et je glisse sur le sol entre ces robes qui ne deviendront jamais ni un beau souvenir ni un héritage familial, qui n’orneront jamais les pages d’un album de mariage ou qui n’obtiendront jamais leurs propres hashtags.

Tout a commencé par un hashtag…

Mon propre conte de fées numérique.

Il était une fois un hashtag, la princesse numérique a vu tous ses rêves se réaliser.

– Sorcha ?

Aisling frappe à ma porte, que j’ai laissée entrouverte après m’être faufilée dans la cuisine pour voler de la pâte.

– As-tu décidé de ce que tu… ?

Sa bouche ne reste pas ouverte en raison du bordel dans ma chambre, parce qu’elle a vu pire, mais elle fait le tour de la pièce pour examiner mon antre. Trois tasses sont en équilibre sur ma table de nuit : le résultat d’heures supplémentaires et d’une tendance au désordre lorsque je suis soumise à des délais serrés. Du tissu pend un peu partout et des papiers froissés couverts de croquis bâclés sont éparpillés, oubliés tout comme ma carrière de créatrice de robes de mariée.

– Qu’est-ce qui se passe ? 

Sa main indique l’endroit où je suis affalée.

– Je n’y vais pas. 

Je relève le menton, regarde les robes.

– Je n’y vais pas, Aisling.

Ma voix vacille et j’effleure du bout des doigts ma robe préférée : de la dentelle crème avec un décolleté et un dos nu. Celle que j’aurais pensé porter le jour de mon mariage avec le voile de Mamó. Au lieu de cela, j’ai confectionné une autre robe, même si Sophie, ma meilleure amie et organisatrice de mariage, a remis en question mon choix. Elle m’a dit que je devais regarder au fond de moi-même. Je lui ai dit de s’occuper des canapés et de la palette de couleurs. Et puis je me suis excusée d’avoir été dure avec elle.

Ça allait être le mariage de l’année.

J’aurais dû porter du Vera Wang. Si mon futur mari Nathan s’était enfui alors que je portais une Vera Wang, personne n’aurait sourcillé.

Cette vidéo ne serait pas devenue virale. J’aurais toujours une vie.

Des milliers de petites aiguilles s’enfoncent dans ma gorge, m’empêchant d’avaler ma salive. Aisling entre dans la pièce, de la farine dans ses cheveux auburn et un jus de fruits à la main. C’est à Ava, ma nièce.

– Allez, hop hop hop. Tu ne peux pas laisser tomber Roisin.

Oh, la culpabilité familiale. Parce que, bien sûr, on ne laisse pas tomber la famille. La devise des O’Connor.

– Je ne veux pas.

 Je pleurniche comme un enfant de trois ans qui n’a pas fait la sieste, mais je m’en fous complètement.

– Tu ne peux pas annuler maintenant. Le gars est probablement en route et Roisin compte sur tes commentaires avant de lancer l’application pour d’autres utilisateurs. 

Aisling remonte ses lunettes sur son nez et me lance un de ces regards qu’elle maîtrise depuis des années. Celui qui m’affirme qu’elle a raison.

– Je n’y vais pas, je répète, même si l’incertitude peut s’entendre dans mon intonation.

Le regard d’Aisling s’adoucit et elle me tend la main. Après m’avoir aidée à me relever, elle désigne le papier sur le sol.

– C’est sur ta liste. Tu l’as écrite. Tu l’as plastifiée. Et tu écris à ce sujet dans ton journal intime.

Effectivement, ma sœur n’a pas tort.

Même si Aisling n’est pas plus grande que moi, elle me domine, avec son air de grande sœur qui sait tout mieux que moi.

– Je suis désolée que Rêves de Mariée ait annulé, mais avant tu vendais la plupart de tes robes en ligne. 

C’est vrai. Les gens aimaient ma boutique Artful : les clientes m’envoyaient leurs mesures pour une robe de mariée style ballerine et on travaillait ensemble sur chaque étape. Si, pour une raison ou une autre, leurs mensurations changeaient avant le mariage, elles pouvaient me la renvoyer pour la faire retoucher. Si elles n’avaient pas le temps, je les aidais à trouver un spécialiste des retouches près de chez elles et je travaillais avec lui en visio, contrairement à de nombreux autres magasins en ligne. Toute cette attention pour les détails n’a rien changé à ce qui est arrivé à ma boutique.

– Oui, mais…

Aisling ne me laisse pas finir.

– Tu pourrais te refaire une clientèle en ligne, aussi.

Pour me refaire une clientèle, il faudrait que j’aie de nouveaux modèles. Mais parler du blocage qui m’empêche de dessiner des robes dignes de voir le jour est impossible à cause de la boule dans ma gorge.

De plus, ce n’est pas la seule raison pour laquelle je ne peux pas me constituer une clientèle en ligne.

Aisling le sait aussi bien que moi, et pourtant elle continue.

– Tu pourrais recommencer à zéro.

Elle montre du doigt les robes qui attendent d’être portées.

– Pas avec la malédiction. 

Je regarde furtivement à droite et à gauche, comme si les mariées qui crient sur tous les toits que mes robes ont détruit leur mariage allaient apparaître en brandissant des fourches, prêtes à se venger.

– Tes robes ne sont pas maudites.

Le ton d’Aisling pourrait être convaincant si je ne savais pas mieux que personne ce qui s’est passé.

Je fixe la photo que je ne me suis pas résolue à jeter, au cas où cela m’apporterait encore plus de malchance.

– Dis ça à Esperanza.

Aisling pose le jus de pomme sur ma table de nuit surchargée et met ses mains sur sa taille, me regardant avec la patience qu’elle n’accorde habituellement qu’à sa fille Ava.

– Esperanza a épousé un type qu’elle connaissait depuis cinq minutes. Leur annulation cinq jours plus tard n’était pas si surprenante.

– Et la mariée qui a trébuché sur sa robe, s’est cassé le bras et a menacé de me faire un procès ?

– Elle n’a pas marché sur sa robe. Elle courait après le porteur d’alliances et a trébuché dans les escaliers. Ta robe n’est pas responsable. Elle n’avait aucun argument probant, rétorque Aisling, comme si elle avait déjà entendu tout cela, ce qui est presque le cas. J’ai une liste entière de mésaventures et elle a une réponse pour chacune d’entre elles.

Ou presque.

Je lui rappelle ce qui s’est passé il y a seulement un mois.

– Dis ça aux mariées dont les robes ont pris feu au moment où elles prononçaient leurs vœux. Elles ont regretté de ne pas avoir porté des robes achetées l’année précédente.

Aisling répond en moins d’une seconde.

– Le vent et les bougies. Pas ta faute.

Elle s’arrête pour reprendre son jus de pomme, en boit une gorgée, puis ajoute :

– Je ne portais pas l’un de tes modèles quand Rob et moi avons convolé. Et on n’est plus ensemble. Avec ta logique, on devrait être heureux.

– Et ce qui m’est arrivé ?

Je déteste le son de ma voix. Non pas parce que Nathan m’a quittée, mais à cause du timing. Si nous avions prononcé nos vœux, toutes les robes de mariée idéales du monde n’auraient pas changé le fait que nous étions plus dépareillés que toutes les chaussettes que j’ai perdues dans le sèche-linge.

Mais le fait qu’il se barre en courant alors que je me dirigeais vers l’autel dans une de mes créations a cimenté la réputation de malchance de mes robes. En plus, Nathan ne s’est pas seulement enfui précipitamment. Oh non, non, non. Après m’avoir dépassée en courant, il a sauté sur le cheval qui était censé nous porter jusqu’à la réception, comme s’il avait été engagé comme figurant dans le film Just Married (Ou Presque) qui a été tourné à moins d’une heure d’ici. Après cette sortie spectaculaire, rien n’a pu arrêter la légende urbaine selon laquelle si vous portez un modèle de Sorcha O’Connor à votre mariage, vous ne connaîtrez pas le bonheur.

Il y a des fils de discussion Reddit sur mes robes et la malédiction O’Connor. Des vidéos YouTube. Des tendances TikTok. Des personnes ont consacré des comptes Instagram à la supposée malédiction. Des enquêteurs veulent s’assurer que je ne trompe pas les clients en ligne sous un pseudonyme. Même si je le voulais ou si j’avais encore du talent… je ne pourrais pas vendre mes créations en ligne. Je ne peux même pas obtenir un emploi de couturière pour l’un des magasins de robes de mariée de la région.

– Ça craint. Mais tu as ajouté « blind date »sur ta liste pour une bonne raison. Tout ce que tu fais, c’est travailler. 

Le ton d’Aisling n’est pas accusateur. Il est doux, trop doux. Je peux argumenter jusqu’à ce que je sois à bout de souffle, mais je ne sais pas comment gérer la gentillesse.

Alors, je lui tire la langue.

– Tout ce que tu fais, c’est travailler.

– Alors ça, c’est de la répartie.

Elle lève les yeux au ciel et on revient sur un terrain moins dangereux : celui des chamailleries entre sœurs.

Après avoir poussé un long soupir, je pose la liste plastifiée sur mon bureau., juste à côté de la photo de moi avec l’extraordinaire designer Christian Giovanni. Sophie l’a prise après avoir appris que j’avais passé l’audition et que j’allais participer à l’émission télévisée de Christian : Je rêve d’une robe. Le mélange parfait de J’ai dit oui à la robe et de Projet haute couture.

Il y a une éternité.

Sur le mur, une autre photo attire mon attention : Aisling et Ava éclatant de rire avec de la glace sur le nez. Je me retourne vers ma sœur, l’espoir frappant à la porte de ma poitrine.

– Et toi ? Tu pourrais aider Roisin. Tu pourrais y aller à ma place. (Je lui lance mon regard le plus attendrissant, celui qui lui rappelle Tiramisu le chat quand il a fait une bêtise mais sait qu’il est adorable.) Je pourrais faire une soirée pyjama avec Ava ce soir. Elle adorerait.

Aisling lève les yeux au ciel comme elle le faisait quand j’avais douze ans et que je les suppliais, elle et mon grand frère, de me laisser les accompagner.

– Je fais de la pâtisserie.

À ces mots, mes épaules s’affaissent. Rien, sauf Ava, n’est plus important que la pâtisserie pour Aisling. Tout l’appartement sent les biscuits fraîchement cuits, faisant oublier le désastre du soufflé au chocolat de ce matin. Et ces biscuits sont mes préférés : ils fondent dans la bouche, avec leurs pépites de chocolat et de caramel. Une autre raison de rester à la maison.

Mais Aisling me regarde de haut en bas et ajoute : 

– C’est sûr, tu dois refaire ton maquillage. Tu as de l’eyeliner et du mascara partout. Mais si tu ne voulais pas y aller, pourquoi tu t’es changée ?

Elle a raison. Bien sûr, elle a raison.

Ma robe vintage à grosses mailles est bleu foncé et confortable avec des poches. Un modèle copié d’une photo de notre grand-mère. Peut-être que je devrais me changer. Et si porter cette robe signifie que ce rendez-vous sera horrible ? Mais si changer de tenue signifie que je ne vendrai plus jamais aucune de mes robes ?

Je chasse ces questions sans réponse liées à mes TOC, que j’ai pourtant sous contrôle la plupart du temps. Je m’efforce de me détendre, mais la tension logée dans ma colonne vertébrale refuse de s’en aller.

– Je te jure que si ce type a créé un hashtag pour ce rendez-vous, je ne vous écouterai plus jamais, au grand jamais, ni Roisin ni toi. 

Aisling caresse Tiramisu qui ronronne. Traître.

– Et si c’est un con, tu n’es pas obligée de rester.

Elle finit le jus de pomme.

– Tu peux rentrer à la maison. Ava est excitée à l’idée d’essayer son costume de cygne. Elle en a parlé à tous ses amis, en disant combien sa tante est géniale.

– Tout pour ma nièce préférée.

Je me fends d’un sourire, reconnaissante que ma nièce m’ait demandé de l’aider pour son costume. C’est le modèle de ma création dont je suis la plus fière depuis ces douze derniers mois.

– C’est ta seule nièce, fait remarquer Aisling avant d’écraser la briquette de jus de pomme. Envoie-moi un message si tu décides de rester dehors toute la nuit.

Sa tentative de paraître légère et enjouée fonctionne presque, mais son ton devient plus sérieux.

– Et pour Rêves de Mariée, je suis vraiment désolée. Ça craint. Je l’ai déjà dit, mais je le répète : tu devrais contacter Christian.

Comme si contacter Christian m’apporterait quelque chose alors que mes créations de robes de mariée ballerines ne sont que de pâles copies de mes précédents travaux.

– Je vais trouver une solution.

Les doutes remplissent les yeux d’Aisling et mon esprit. Quand les choses se sont gâtées, Christian s’est éloigné de moi, lui aussi. Mais si je descends dans ce terrier de tulle sans fin maintenant, même mes biscuits préférés ne me remonteront pas le moral. En plus, rayer un autre article de ma liste va certainement m’envoyer des endorphines, dont j’ai bien besoin.

– Tu prépares le meilleur dessert du monde pendant que je rencontre…

Je marque une pause.

– Euh… Attends.

Je sors l’application pour vérifier.

– Trevor, c’est son prénom.

Fidèle à la légende selon laquelle je ne réponds jamais à mon téléphone ou qu’il est éteint, ma batterie est à 25%. Elle s’est vidée plus vite que d’habitude.

– Va t’amuser. Je te ferais bien un câlin, mais je ruinerais ta tenue avec de la farine.

Elle fait une danse joyeuse en sortant de ma chambre.

Après avoir glissé un chargeur dans mon sac à main, je rectifie mon maquillage. Pendant que j’utilise mon mascara waterproof, le post-it jaune fluo sur lequel est écrit Ça va le faire que j’avais collé sur le miroir pendant ma phase Soyons positives, virevolte au sol. Est-ce un autre signe que je devrais rester à la maison ? Je le recolle, mais il tombe de nouveau et les remous dans mon estomac s’intensifient. Même en prenant une profonde inspiration, ça ne m’aide pas. Alors, j’essaie de me calmer d’une autre façon : je passe mes doigts dans mes cheveux roux bouclés, longs jusqu’aux épaules. Pas auburn, comme ceux d’Aisling. Pas cuivrés comme Roisin ou Liam. Roux. Le rouge d’Anne aux Pignons Verts. Comme Mamó. Et en ce moment, mes cheveux sont comme je les aime.

Tandis que j’enfile des bottes par-dessus mes collants et que je me glisse dans un manteau trop grand, je m’encourage à nouveau : le post-it a raison, Sorcha. Tu peux le faire. Ta prochaine aventure t’attend.

Voilà. C’est ça l’idée.

Le parking derrière la boulangerie de mes parents est entièrement décoré de lumières de Noël. Cette fois, quand j’inspire profondément, l’air frais emplit mes poumons et mes nerfs agités se calment. Ce gars, euh… Je devrais vraiment me souvenir de son prénom. Trevor. C’est ça. Trevor pourrait-il être le bon ? Pour maintenant ou pour toujours ? Puisque le seul moyen de le savoir est de le rencontrer, je redresse mes épaules et me dirige à grands pas vers ma voiture.

Mon pied droit glisse sur une plaque de glace.

– Merde !

Je crie en tombant sur les fesses. La neige mouille mon manteau et ma robe. Dans l’un des romans d’amour que ma meilleure amie Sophie et moi dévorons, le héros aurait choisi ce moment précis pour apparaître et glisser ses bras puissants autour de ma taille pour retenir ma chute.

Pas de chance.

– Ça va, Swan ? demande d’un ton amusé mais légèrement inquiet une voix de baryton, qui était autrefois la bande-son de mes rêves.

Mon estomac palpite d’une manière que je croyais oubliée depuis longtemps, après des années de chances manquées et d’oreillers trempés de larmes.

Une seule personne m’appelle « Swan ».

Il a commencé pendant ma phase Twilight. Pas seulement parce que j’étais sujette aux accidents comme Bella Swan ou parce que j’ai dévoré tous les livres les uns après les autres, m’arrêtant à peine pour manger. Mais parce que c’est aussi pendant cette période que je consacrais des heures à dessiner des cygnes partout.

Cet Halloween-là, il s’était même déguisé en vampire et m’avait dit que, contrairement à Edward, il me mordrait sans hésiter.

Je lève le regard, et il est là, appuyé contre ma voiture. Une voiture qui était la sienne.

Le flottement se transforme en une danse confuse.

Il ne devrait pas être ici. Il a déménagé sur la côte Ouest juste après le lycée. La première occasion qu’il a eue de quitter notre petite ville ? Il l’a saisie à deux mains et n’est jamais revenu patiner ici.

Et maintenant quoi ? Il se pointe sans prévenir sur mon parking ?

En bottes de neige, dans un jean qui épouse ses cuisses robustes et une parka qui ne cache pas sa musculature.

Partout où il va, Ryan Sawyer a toujours ce je-ne-sais-quoi, un certain charisme qui donne l’impression qu’avec un seul sourire, tout peut tomber à ses pieds.

Tout. Absolument tout.

Y compris une partie de mon cœur.

Et bon sang, même après des années sans le voir, c’est toujours le cas.

CHAPITRE 2 — RYAN

Je n’arrive pas à croire que je suis de retour à Swans Cove. Cette ville contient certains de mes meilleurs comme de mes pires souvenirs…

Mon plan était d’aller directement chez mes parents, mais je me suis arrêté à la boulangerie. Après tout, Maman adore leur tarte au citron. Dix ans après être rentré pour la dernière fois, quel fils ne surprendrait pas sa mère avec son dessert préféré ? Rien à voir avec la rousse à couper le souffle qui me regarde comme si j’avais piétiné son cœur. Ma mâchoire reste serrée par les années de regrets, de remords et de chances ratées.

– Tu vas bien ? Je répète, cette fois sans utiliser ce surnom qu’elle adorait. Vu la façon dont elle me fusille du regard quand elle lève à nouveau les yeux, soit elle déteste ce surnom à présent, soit elle me déteste moi.

C’est moi qu’elle doit détester.

Je ne peux pas lui en vouloir.

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